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Fred David, l'interview

Fred David, l'interview


"L'océan me permet de me sentir libre"

Tour à tour sauveteur puis athlète de haut niveau en sauvetage sportif, champion du monde de bodysurf, prof de surf, surfeur déjanté de bouées & SUP géant en vagues XXL et désormais big wave rider, Fred David est un touche à tout passionné par l'océan... Nous avons passé quelques minutes avec lui pour qu'il nous raconte son dernier hiver et le fameux barrel qu'il a surfé à Nazaré, lui valant une nomination aux Big Wave Awards !

Credit Photos & remerciements  : Rafael Riancho, Praia do Norte Nazare, Justine Dupont

"L : Nous te connaissions en tant que bodysurfeur engagé, mais comment es-tu arrivé au Big wave riding ?
FD : Je n'ai jamais trop aimé classer les gens dans des cases. Je ne me considère pas comme un bodysurfeur ou un big wave rideur. J'aime juste être dans l'eau. J'ai toujours trouvé le surf plus intéressant lorsque les conditions étaient un peu plus solides. Je prends ça pour un challenge, une aventure.

Si j'essaie de surfer dans 1m et que je tombe en essayant de faire un roller, je suis capable de faire 20 fois la même erreur sans pour autant évoluer. Il n'y a rien d'aventurier là-dedans. C'est de la performance on va dire. Je n'ai pas l'impression de partager quelque chose avec l'océan. Tu rajoutes à ça que dans ce genre de conditions, les spots sont pour la plupart saturés. En gros, je ne prends aucun plaisir.

Quand les conditions sont plus solides, il y a moins de monde dans l'eau, ça devient beaucoup plus une aventure. Quand tu tombes, tu ramasses. Tu dois être concentré pour une bonne raison. Les lignes sont beaucoup plus naturelles, il y a plus de place sur la vague, plus de puissance.  Les vagues que tu prends, tu les mérites vraiment. Il n'y a pas de raguasse, pas de taxe, pas de « yep yep ».

Le bodysurf est un super moyen de se sentir en confiance dans l'océan. Tu es habitué à passer du temps sous l'eau, à te faire brasser. Pour moi, le parallèle était logique. Tu restes super limité en tant que bodysurfeur. Quand tu te retrouves debout sur une planche, tu as tout de même beaucoup plus de possibilités.

L: Comment te prépares tu pour affronter ces murs d'eau ? 

FD : Je fais des entraînements à l'apnée 2 fois/semaine avec le Biarritz Chasse Océan. Mon but est de connaître mon corps et ses signaux. Je veux l'habituer au manque d'oxygène et à l'augmentation du CO2. C'est super intéressant. On réfléchit toujours à de nouveaux exercices ou situation pour se rapprocher au maximum des sensations lors d'un gros wipe out. On fait aussi quelques sorties dans la fosse de plongée de La Teste. Ca t’apprend à appréhender la profondeur, la pression.

En plus de l'apnée, je vais de temps en temps à la salle (pas assez) pour faire du cardio et me renforcer musculairement. Le but est de pouvoir encaisser des chutes sans se blesser. Pour le cardio, je fais aussi pas mal de bodysurf sans palmes. Je dirais même que c'est la base de ma préparation. L'hiver dernier, j'ai passé beaucoup de temps à piloter le jet. On sortait pratiquement tous les jours peu importe les conditions. C'était un super entrainement.

Dernièrement avec Justine, on a fait quelques entrainements à la rescue en jet. C'est plus compliqué que ça en a l'air. Il faut vraiment le répéter pour pouvoir le faire du mieux possible le moment voulu. Une bonne préparation est primordiale pour aller dans les grosses vagues. Si tu es bien préparé, tu as confiance en toi, en ton physique, en ton apnée. Tu es beaucoup plus serein.

L : Tu es parti bodysurfer Nazaré avec Joël Badina cet hiver, peux-tu nous raconter cette session qui a été épique d'après ce que j'ai compris... 

FD : Ca fait un moment que Joel va là-bas et qu'il m'en parle. En décembre, il m'a proposé de le rejoindre avec Laurent Masurel parce qu’un joli swell arrivait. Il pensait que les conditions seraient assez clean pour bodysurfer. Le but était de bodysurfer des grosses conditions à Nazaré en partant de la plage sans aucune assistance. On a eu quelques jours superbes avant le swell pour s'habituer au spot. Je ne compte même pas le nombre de tubes que l'on a pu avoir!

Le matin du swell, on était tous seuls, les deux sur la plage avec nos palmes. Les conditions étaient impressionnantes. Quand on s'est mis à l'eau, Joël a réussi à passer du premier coup. Moi je ne suis pas passé, je me suis posé sur la plage et je me suis dit que ces conditions n'étaient pas bodysurfables pour me réconforter. C'est le moment qu’a choisi Joël pour prendre une vague du peak, jusqu'à se faire enfermer dans le shorebreak. Sa vague était incroyable, on était comme des fous avec Laurent sur la plage.

N'ayant plus de fausses excuses, je me suis rejeté à l'eau et j'ai réussi à passer cette fois-ci. On a chacun eu des supers vagues. C'était une journée vraiment inoubliable. Pour moi, ça reste les plus grosses conditions que j'ai eu l'occasion de bodysurfer. J'ai remercié Joël en lui disant que sans lui je ne serais pas allé dans l'eau et il m'a dit exactement la même chose. C'était génial de partager ces sessions avec Joël qui est pour moi actuellement l'un des 2 ou 3 meilleurs bodysurfeur au monde.

L: Que représente Nazaré désormais pour toi ?

FD : Ce trip avec Joël et Laurent a vraiment été un déclic, comme une révélation. Pour moi, c'est devenu un nouveau challenge, une nouvelle motivation. J'ai envie de passer du temps là-bas, d'apprendre. J'aimerais être capable de tracter Justine sur les plus grosses vagues possibles. Je veux pouvoir la récupérer dans n'importe quelles conditions. C’est un endroit où tu peux vraiment devenir un très bon pilote de jet. J'aimerais aussi prendre des grosses vagues à la rame et en tow in tout en respectant les étapes. J'adore cet endroit et je compte y passer un bon paquet de temps !

L: Effectivement nous avons vu que tu avais passé une bonne partie de l'hiver là-bas, à tel point que tu as même scoré le plus gros barrel jamais surfé sur ce spot, te valant une qualification aux Big Waves Awards... Vas-y : raconte !

FD : Ca c'est encore une histoire assez folle ! Ca faisait un peu plus d'un mois que nous étions à Nazaré avec Justine à faire des sessions en tow-in quasi tous les jours. Le but était de s'habituer au spot et prendre des marques pour vraiment pouvoir se donner à fond l'hiver prochain.

Ils ont annoncé cette houle qui était à ce moment là, la plus grosse houle de l'hiver à Nazaré. L'objectif était que Justine puisse prendre une belle vague sur cette houle majeure. Après plusieurs tentatives et pas mal d'attente, elle a finalement pris une super vague, avec en bonus Ross Clark Jones qui a débarqué à pleine vitesse de nul part derrière elle. On étaient contents et c'était en quelque sorte l'aboutissement de notre préparation à Nazaré.

Au moment de rentrer au port, Alemao De Maresias, un surfeur brésilien est venu me demander si je voulais bien le tracter sur quelques vagues avant de rentrer. C'était un honneur qu'un surfeur expérimenté comme lui me demande de le tracter. Il a donc pris quelques vagues dont 2 vraiment jolies. On a même eu le droit à un bon moment de galère à l'inside à se faire poursuivre par des montagnes de mousses dans tous les sens. Une petite erreur dans le shorebreak et j'ai fini posé sur la plage avec le jet que l'on a réussi à remettre à l'eau en suivant et repasser au large.

Je me voyais déjà en train de rentrer au port tranquille et heureux d'être entier. Mais Alemao m'a proposé de me tracter sur une vague avant de partir. J'ai d'abord dit non puis finalement oui pour une « petite ».

Je ne me sentais pas capable de surfer plusieurs vagues de cette taille sans faire d'erreurs et vraiment ramasser. Du coup je me suis dit « j'en prend une seule et je donne tout, je reste concentré à fond. » 5 secondes après, il me disait GO et me lâchait sur cette fameuse droite.

Je suis reparti bien à l'intérieur dans le but d'avoir le temps de faire quelques courbes sur la vague. Au moment du bottom, je suis remonté et je me suis rendu compte que la vague allait tuber. Elle a jeté tellement haut au-dessus de moi, c'était hallucinant ! Ma trajectoire était bonne et, au moment de sortir, la vague a tourné vers moi et commencé à faire comme si elle allait me fermer dessus. J'ai décidé de sauter pour ne pas me faire casser en deux par l'impact de la lèvre. En voyant les images plus tard j'ai réalisé que ça serait surement passé ...

EPIC FRIDAY | 10-02-2017 from Praia do Norte on Vimeo.

Je prends un peu cette vague comme un beau cadeau de l'océan. Je vais garder cette vision un bon moment gravé dans ma mémoire ! Tout le monde était content pour moi c'était vraiment cool. Un gros local de Jaws m'a même dit qu'il échangerait bien la totalité des vagues de sa carrière pour pouvoir être dans ce tube et sauter de la planche comme je l'avais fait !

Je ne me considère pas comme un big wave rider pour autant. Comme je disais plus haut, je n'aime pas mettre les gens dans des cases. Si on devait vraiment me mettre une étiquette, je serais fier d'avoir celle de waterman. Ce que j'aime plus que n'importe quelle discipline c'est être dans l'eau, dans les vagues.

L: Nous savons que tu as monté ton école Oceanman experience, que va-t-elle devenir si tu restes de plus en plus au Portugal ?

Oceanman Experience est un moyen pour moi de faire partager ma passion pour l'océan avec ceux qui le souhaitent. Je propose des cours particuliers ou en groupes réduits, de surf, bodysurf, sauvetage ou bodyboard en été (de juin à septembre) à Seignosse. J'essaie de partager ma vision un peu différente du surf et de l'océan, et de mettre l'accent sur la sécurité, l'amusement et le respect des autres. Je vais développer les sessions de bodysurf qui plaisent beaucoup. Les gens ont envie d'apprendre à être plus à l'aise dans l'eau.

L: Tu nous parles souvent de Justine Dupont avec qui tu partages ta vie et ta passion, à tel point que tu es également devenu son partenaire de tow-in... As-tu des réticences à jeter Justine dans certaines conditions ?

FD : Je pense que l'on a une approche très sécuritaire. On essaye de ne pas brûler les étapes. On respecte les gens autour de nous et on veut se faire notre propre expérience. C'est génial de faire ça en couple. On a la même passion pour l'océan, la nature et l'aventure. C'est vraiment une force d'être ensemble, même si parfois ça peut être un peu tendu on sait que l'on pourra toujours compter l'un sur l'autre au moment venu.
De mon côté, c'est sa sécurité qui prime. Mon but est d'être capable de la récupérer directement à chaque fois que je la lâche sur une vague. J'ai toujours en tête qu'il arrivera des fois où je ne pourrais pas la récupérer directement mais je sais qu'elle est entrainée pour ces situations là aussi. On discute beaucoup et c'est un travail à deux. Je vois mieux la vague depuis le jet donc c'est un peu moi qui la choisi. Après c'est elle qui prend la responsabilité ou non de lâcher la corde. J'ai totalement confiance en elle et dans les choix qu'elle fait lorsqu'elle surfe. Pour la suite, c'est à moi de m'adapter.

Avez-vous rencontré des difficultés dans votre progression ?

Le surf de grosses vagues implique beaucoup de paramètres, notamment le jet ski. C'est mécanique, il peut tomber en panne, un caillou peut se prendre dans la turbine, la corde aussi. Les pièces abimées ne sont pas trouvables du jour au lendemain, etc.

On est sorti plusieurs fois tous seuls et on s'est rendu compte que c'était vraiment dangereux d'être seuls dans ces conditions. Il faut former une équipe composée de 2 jets minimum et avoir aussi quelqu'un sur la falaise avec une radio pour te guider en cas de problème. Si tu ne récupères pas le surfeur du premier coup, c'est un enfer pour le retrouver après. Il va prendre un paquet de « grosses » vagues sur la tête et le pilote va devoir repasser au large et revenir derrière la série pour le retrouver. Avec les mouvements d'eau c'est une sacrée mission.

Après peu importe les difficultés, il faut tout le temps rester calme et essayer de trouver la meilleure solution à chaque situation. Moi j'adore ça. C'est ce qui me fait me sentir vivant. Si tout était facile ça serait beaucoup moins appréciable.

Sinon tout le monde nous a vraiment aidé, donné des conseils.

L : Quels sont vos objectifs ?

FD : L'objectif principal c'est de continuer à être heureux et se faire plaisir. On veut faire ça avant tout pour nous. Après, on peut dire que l'on a envie de repousser nos limites et que Nazaré est l'endroit idéal pour le faire.

L : D'un point de vue logistique et sécurité, comment arrivez-vous à vous organiser ?

FD : Justine fait parti du team Red Bull, nous avons donc accès au hangar dans le port. On peut laisser le matos et le jet. C'est un énorme avantage, en plus on a la douche chaude en sortant de l'eau ! La mairie de Nazaré nous laisse aller à la salle Car Surf pour faire la préparation physique.

Une fois dans l'eau, jusqu'à une taille raisonnable on se débrouille tous les deux. Mais pour surfer les swells énormes (plus de 15m) comme je disais avant, il faut vraiment une équipe autour de nous. Donc là, on fait un peu avec les moyens du bord. Il faut un spoter au niveau du phare au cas où le pilote perde de vue son surfeur. C'est super important. Stéphane, un ami du club d'apnée, est venu nous aider 2 fois déjà, sinon Lino de Nazaré Water Fun a toujours une radio sur lui pour aider.

Pour l'instant, on discute avec les autres équipages et on essaye de se surveiller les uns les autres. Mais il faudrait aussi un second jet en sécurité dans le cas où le premier jet ne puisse pas récupérer directement le surfeur, ou que l'équipage se fasse prendre par une vague. (On a vu l'importance du 2ème jet dernièrement avec les images des brésiliens).

L : Des compètes prévues prochainement ?
FD : J'ai fait pendant longtemps des compétitions de bodysurf avant de comprendre que, mis à part quelques compètes à Hawaii dans des vagues vraiment adaptées, les compétitions desservaient plus qu'elles n'apportaient au bodysurf.

Côté surf, La Nord Challenge me tient à cœur l'hiver sur Hossegor si je suis dans le coin. Sinon, plus de compétitions pour l'instant.

L : Nous sortons cette année ton pro-model baptisé « fisherman » avec un petit leitmotiv sur la cuisse : « Ocean rules only »... Qu'est ce que cela t'évoque ?

FD : « Ocean Rules Only » c'est simple et efficace. Ca veut tout dire, c'est l'océan le boss. Peu importe qui tu es ou ce que tu fais, l'océan aura toujours le dernier mot. Pour moi, c'est super important de toujours garder ça dans la tête. L'océan est une école d'humilité et de respect. Il était là avant nous et restera après nous. C'est une chance incroyable de pouvoir évoluer dans un élément naturel aussi puissant. L'océan me permet de me sentir libre.

Je suis avec Lastage depuis la création de la marque. Plus qu'une marque, c'est pour moi une famille. Romain et Matthieu sont des vrais potes. Ce qui me plait chez Lastage, c'est leur réelle envie de proposer des produits différents de ce que l'on peut trouver dans n'importe quel autre surf shop. Les produits sont d'excellente qualité et certains sont même faits en France. Le côté respectueux de l'environnement me tient énormément à cœur, « Ocean Rules Only » représente toute cette démarche. C'est un honneur de l'avoir marqué sur mon boardshort !"

Et c'est un honneur de t'avoir à nos côtés ! ;)

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